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Dynamiques de la sur-information


L’information dans tous ses états


Une des caractéristiques fondamentales de notre société est qu’elle a constitué autour de nous un environnement saturé d’informations en tout genre. La production d’informations est d’ailleurs institutionnalisée dans de nombreuses organisations attachées à l’enseignement, à la recherche, aux échanges scientifiques, à l’industrie, à la publicité …, et ceci dans des domaines aussi variés que la botanique, la chirurgie, le design, l’ingénierie nucléaire, l’économie, l’histoire, la chimie industrielle, les mathématiques, l’astronomie… Toutes ces organisations ont leurs organes de communication et participent à la diffusion de connaissances (revues spécialisées, articles grand public, ouvrages scientifiques ou de vulgarisation, émissions radio ou de télévision, vidéos et tutoriels sur des sites d’hébergement de vidéos …). Par ailleurs, les médias de masse sont pléthore : la presse écrite (plus de 500 titres), les chaines télé et radios d’information continue (plus de 10), les plateformes de lecture et d’hébergement (plus de 30), les réseaux sociaux (plus de 100) … Par ailleurs encore, des informations ciblées, diffusées par des plateformes informatiques, arrivent automatiquement sur nos portables ; nos ordinateurs sont reliés à des programmes d’information qui analysent nos recherches et nous renvoient ce qui nous intéresse…, ceci sans compter les publicités et les alarmes communiquées par les services officiels (20 types d’alertes météo, et des alertes coupure, enlèvement, attentat, accident, incendie, …).

Une dynamique positive


Une énorme quantité d’information est donc disponible tous azimuts. Toutes les informations ne peuvent donc pas être maîtrisées par chacun des « honnêtes hommes » de la société, d’autant que tous les sujets n’intéressent pas tout le monde et que chacun a sa propre vie professionnelle et familiale à gérer.
Cet état de fait, ouvre la voie à une dynamique particulière :

- les individus finissent, car ils y sont obligés, par se cantonner à quelques domaines particuliers : des

spécialisations apparaissent ;

- les spécialistes d’un domaine sont tout de suite en compétition entre eux. Pour tenir leur rang et

assoir leur notoriété, ils deviennent des experts en renforçant leurs compétences ;

- pour faire connaitre leur expertise, ils publient des ouvrages, des articles, font des conférences,

tiennent des blogs, participent à des colloques, deviennent membres de « Cercles » ou de « Clubs » ;

- en tant qu’experts ils sont alors sollicités par des cabinets conseil, des entreprises, des organismes

d’Etat…, et, bien sûr par des médias de masse ;

- ils deviennent des références connues et apparaissent systématiquement dans les médias,

notamment dans les débats télévisés à la faveur des problèmes qui surgissent dans la société : crise

climatique, pandémique, énergétique, financière, géostratégique, commerciale, des matières

premières … ;

- ...


L’ensemble de ces experts forme un réseau dense, en synergie forte avec les institutions démocratiques du pays. C’est une des sources de la résilience de la société face aux turbulences politiques et aux attaques subversives. Mais ces « experts », détenteurs d’une « autorité » scientifique et médiatique, dans notre société rongée par l’individualisme et la méfiance, déclenchent des réactions de rejet que nous allons retrouver à l’œuvre dans les deux dynamiques négatives que nous allons voir ci-après.

Une première dynamique négative


La pléthore d’informations plus ou moins offensives envers nous est une des richesses de notre société démocratique. Certes, mais cet environnement surchargé a aussi des effets néfastes chez certaines personnes défiantes. Cet environnement pléthorique :
- induit l’incertitude et l’inquiétude face aux contradictions inhérentes à la diversité des données ;
- déclenche un repli de protection ;
- encourage, avec ce repli, le désengagement citoyen ;
- nourrit la divergence des opinions, car chacun glane ce qui lui convient dans l’amas des données ;
- favorise l’insertion, dans la masse des annonces, de fausses nouvelles (fake news) et autres hyper-trucages (des « deep fakes » construits par de l’intelligence artificielle et consistant à superposer des fichiers vidéo ou audio existants sur d'autres fichiers vidéo de visages, en particulier) ;
- provoque, suite à la réception de fausses informations et à l’état d’inquiétude psychologique, la création de groupes adhérents à ces fausses informations et virant ensuite au « complotisme » ;
- déclenche, suite à l’apparition des complotismes divers, des antagonismes et des combats dans la société.

Il existe donc une dynamique des réactions en chaine face à la pléthore des informations. Cette dynamique est plutôt subversive, c’est-à-dire qu’elle contribue à la dissociation de la collectivité large pour favoriser à la fois le désengagement des citoyens et l’apparition des petites communautés divergentes et destructrices.

Une deuxième dynamique plus subversive


Dans la masse des informations accessibles sur les très nombreux supports se glissent donc facilement des informations incomplètes, biaisées ou mensongères. Tous ceux qui refusent la prépondérance autoritaire des experts ont tendance à proposer leurs propres « informations », c’est-à-dire leurs propres interprétations des choses en se positionnant dans les espaces qui s’offrent à eux dans les supports électroniques. Selon un sondage BVA, 75 % des personnes interrogées pensent avoir déjà été confrontées à de fausses informations destinées à les influencer. Ces infox visent à faire construire aux publics cibles des représentations fausses des situations et des activités des acteurs mis en cause. Cela s’appelle de la désinformation. Cette désinformation peut être capturée et manipulée par des groupes organisés. Elle devient alors entre leurs mains une arme de destruction masquée des sociétés démocratiques.
Cette désinformation manipulée a un objectif simple et précis : exacerber les mécontentements pour provoquer le chaos et pouvoir alors en profiter. Cet objectif se décompose en plusieurs sous-objectifs :
  1. Faire croire à la tromperie permanente des responsables : « ils nous mentent et nous manipulent » ;

  2. Mettre en avant les dysfonctionnements évidents de la société « rien ne fonctionne comme il faudrait » ;

  3. Montrer que les bonnes solutions ne sont pas prises en compte : « il faudrait faire autrement » ;

  4. Démontrer que la situation est devenue intolérable : « on ne peut plus continuer comme cela » ;

  5. Persuader les gens qu’ils sont les défavorisés de la situation : « on est spoliés par les patrons et les riches ».

Cette deuxième dynamique subversive est nettement plus agressive que la première. Elle a un objectif politique explicite. Elle déclenche des réactions défensives des réseaux institutionnels. Diverses instances de régulation sont mises en place : les réseaux sociaux sont priés de faire leur police. Des enquêtes très performantes sont faites et rendues publiques pour dénoncer et expliquer ces phénomènes de désinformation (cf. « Les mécanismes du complotisme Qanon », de radiofrance ou la collection : « Les podcast du mécanisme du complotisme », 2,4 millions d’écoutes).

Conclusion


Notre « société de l’information » est traversée par des dynamiques contradictoires qui luttent pour s’imposer.



Les interactions avec les informations,

leurs supports et les fake news


La télévision avec ses tables rondes d’experts, ses « talkshows », ses « débats » politiques avec des personnalités de sensibilités opposées et des gens « de tous les jours », nous offre, par exemple, le spectacle permanent de cette bataille larvée pour la domination des esprits.

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