Comment fonctionne une thérapie de groupe ?
- amucchielli
- il y a 5 jours
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Nous connaissons tous des groupes d’entraide comme : les alcooliques anonymes, les Narcotiques Anonymes (dépendance aux drogues), les Gamblers Anonymous (dépendance aux jeux) … Nous allons examiner ce qui se passe en termes d’influences venant de la situation dans ces groupes de thérapie. Nous allons voir comment cet effet est la résultante sommative de plusieurs effets composants.
L’effet pression morale
Les personnes qui vont dans ces groupes ont des problèmes liés à leur addictologie qui entrainent un mal-être, des défaillances personnelles, des critiques de leurs entourages familial ou professionnel, des pressions juridiques ou médicales, des incitations à changer leurs comportements venant d’un peu partout … Leur vie quotidienne est insatisfaisante : les regards, les commentaires, les réactions des autres le leur font sentir. La norme : « il faut sortir de cette dépendance » c’est mise à peser sur eux en permanence.
L’effet sécurité
Lors de chaque début de séance d’un groupe de thérapie, l’animateur rappelle un ensemble de règles : il redéfinit les objectifs du groupe, les horaires, la durée des séances, et le nombre de participants. Ce cadre stable est fait pour rassurer et favoriser l’engagement. Il rappelle la règle de confidentialité : ce qui est dit dans le groupe reste dans le groupe. Cette règle est faite pour instaurer la confiance. Il énonce que chaque participant doit se sentir libre de s’exprimer sans crainte de critique. Il n’y a rien d’extérieur qui doit dévaloriser ou agresser. Et, enfin il veille à ce que chacun ait la possibilité de parler, en évitant les monopoles de parole. Plus personne n’est sous le jugement négatif des autres comme chacun pouvait le sentir avant de venir dans le groupe. La norme de respect mutuel est instituée ainsi qu’un positionnement égalitaire.
L’effet soutien affectif
Lorsqu’un participant s’exprime ou raconte ses difficultés ou ses progrès, il est écouté sans ressentir de rejet car aucune critique ne lui est faite, au contraire il reçoit de l’attention, de l’empathie, du soutien et de l’acceptation venant groupe. Tout cela signe une relation positive. D’autres membres peuvent raconter après lui des expériences similaires. Il est donc également positionné positivement et non plus comme un malade. Il n’est plus isolé, il est comme les autres personnes présentes. Les membres du groupe se sentent liés et soutenus, comme une « petite communauté ». Cette cohésion encourage chacun à partager des aspects les plus vulnérables de lui-même. On pourrait parler à ce sujet d’un « effet empathie », l’empathie étant une qualité de la relation caractérisée justement par le respect, l’attention à l’autre, l’écoute et l’effort d’avoir un ressenti semblable à celui exprimé.
L’effet exemplarité
Chacun en se livrant donne des exemples aux autres. Un participant, par exemple, observe comment un autre exprime sa colère de manière constructive. Il s’inspire de cette attitude et tente de l’adopter lui-même ; un autre membre explique comment il gère ses crises d’angoisse avec des techniques de respiration. Les autres apprennent une stratégie concrète qu’ils peuvent tester. Par ailleurs et surtout, des personnes du groupe expliquent comment ils ont surmonté telle ou telle défaillance. Ils sont félicités par l’animateur. Ils démontrent que l’on peut progresser dans la maîtrise de l’addiction. Chacun assimile l’idée que l’on peut progresser de cette manière (effet apprentissage et valorisation vu chez les malades du Dr Pratt). Une hiérarchie positive et dynamisante s’instaure dans le groupe : on voudra rapporter, la prochaine fois, ses efforts réussis pour être positionné comme « avançant vers la guérison ». On voit d’ailleurs des membres qui ont progressé. Cela nourrit la confiance individuelle dans le processus thérapeutique.
L’effet objectif à atteindre
Tous les participants ont à l’esprit cet objectif : guérir de son addiction. S’ils viennent dans ce groupe de thérapie, c’est pour cela. Les efforts faits dans les séances servent tous une avancée vers ce but. Derrière cet objectif il y a des enjeux plus existentiels pour chacun qui exercent leurs attraits très forts : regagner l’estime des proches, retrouver une place honorable dans la cité, reprendre le contrôle de sa vie, arrêter d’être détraqué physiquement …
L’effet miroir social et apprentissage social
Lorsque les autres personnes racontent leurs difficultés, leurs sentiments, leurs doutes, leurs efforts … chacun reçoit des moments liés à ses propres vécus. Il est poussé à réfléchir sur lui-même. Son introspection est sollicitée. Il peut mieux se comprendre. Il peut aussi en tirer des leçons et décider de conduites nouvelles. Observer les autres et reproduire des attitudes positives favorise le changement. Chacun peut aussi mieux comprendre l’impact de ses propres conduites sur les autres. Par exemple aussi, si une personne reçoit un retour du groupe sur son attitude, elle prend conscience de l’effet qu’elle produit et peut travailler sur un changement. Dans leurs récits, les participants du groupe offrent aux autres leurs expériences positives et négatives. Chacun pourra s’inspirer de ces exemples. Les expériences partagées deviennent un levier de changement pour les uns et les autres (on se rappellera les expériences de Kurt Lewin).
L’effet catharsis
Le fait d’exprimer ses émotions devant des témoins bienveillants apporte un apaisement. Il n’y a plus a avoir honte de ces émotions. On perçoit qu’on peut les dépasser et qu’elles ne doivent plus rester comme des blocages. Les réactions des membres du groupe favorisent une expérience émotionnelle corrective, différente des relations passées souvent marquées par la souffrance. Le soulagement ressenti apporte une dynamique positive et une confiance retrouvée.
Chaque facteur agit comme une force d’influence invisible qui soutient le changement vers le but poursuivi. L’ensemble de ces facteurs constituent l’effet « thérapie de groupe ». Le groupe devient un espace où l’on peut apprendre, expérimenter, réfléchir sur soi, se libérer et se reconstruire grâce aux autres. Les psychologues, spécialistes des thérapies de groupe, parlent des phénomènes psychologiques d’identification, du sentiment d’appartenance, du renforcement de l’estime de soi, du sentiment d’universalisme, du sentiment d’altruisme, du besoin d’imiter, de la motivation à espérer …, autant de facteurs internes au psychisme. Mais ils sont bien obligés de reconnaitre l’existence des facteurs situationnels extérieurs à l’individu tels que ceux mis en évidence en partie par la dynamique de groupe (Irvin Yalom, La thérapie existentielle, 2017).















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