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De Georges Orwell aux populismes

  • amucchielli
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Le travail sur le sens des mots


Les mots utilisés par nos interlocuteurs nous influencent car ils sont chargés de connotations. Ce phénomène, compris depuis longtemps, est utilisé dans la manipulation politique. En 1949 Georges Orwell publie son roman « 1984 » dans lequel le régime totalitaire de l’Angsoc, contrôle de la pensée, falsifie l’histoire, réduit les mots de la langue et change le sens des mots restants. Ainsi, Big Brother programme la pensée en remodelant le langage. La novlangue est l’outil central de cette manipulation. Changer le sens des mots, c’est changer la pensée : si on ne peut pas dire « rébellion », on ne peut pas la concevoir. La propagande devient invisible : quand « Paix » signifie « Guerre », les slogans du Parti paraissent logiques. Les mécanismes de transformation du sens des mots décrits par Orwell sont les suivants :

réduction du vocabulaire : moins il y a de mots, moins il y a de nuances de pensée. Par exemple, au lieu de « mauvais », « atroce », « horrible », on impose seulement « non-bon » ;

inversion du sens : des mots prennent le contraire de leur signification lors de leur utilisation régulière. Exemple : ministère de la Paix s’occupe de la guerre, le ministère de l’Amour s’occupe de la torture ;

création de mots simplifiés : « doubleplusbon » ou « doubleplusmal » remplacent des jugements complexes, ce qui réduit la capacité d’analyse ;

effacement du passé : en changeant les mots des archives, le Parti réécrit l’histoire. Ce qui était vrai hier devient faux aujourd’hui, et le langage s’adapte.

 

Les populismes


Les populismes contemporains sont sur la même ligne. Ils redéfinissent le vocabulaire politique pour imposer une certaine vision du monde. En changeant le sens des mots, ils rendent certaines positions « naturelles » et d’autres « illégitimes » et manipulent ainsi leurs opposants. C’est donc une stratégie proche de ce qu’Orwell décrivait avec la novlangue, mais appliquée au langage politique actuel. Pierre Rosanvallon analyse comment le populisme redéfinit des notions centrales comme peuple ou démocratie (Le Siècle du populisme, 2020). Le populisme réduit le vocabulaire et utilise des oppositions chargées de valeurs qui simplifient et polarisent les mots : par exemple, il oppose systématiquement un « peuple pur » à une « élite corrompue », ce qui limite tout débat. Car dès que l’on évoque le « peuple », il est défini comme « pur ». Pour le populisme également, la « démocratie » est « directe », c’est-à-dire « authentique », ce qui délégitime par contre coup toutes les institutions représentatives. Ainsi encore, la « liberté » est interprétée comme le droit absolu de rejeter les règles collectives (morales, nationales ou européennes), ce qui légitime toute les oppositions et révoltes ; le « patriote » est opposé au « traître » ou au « cosmopolite », ce qui enferme le débat dans une logique binaire peu propice au vrai dialogue ...


Trump et Poutine


Selon la philosophe Barbara Cassin, Trump (comme Poutine) considère que la langue ne décrit pas seulement la réalité, elle la crée (La guerre des mots : Trump, Poutine et l'Europe, 2025). Il utilise donc le langage comme une arme, en manipulant les mots, en inversant leur sens ou en les vidant de leur contenu.

le terme « fake news » : historiquement utilisé pour désigner de fausses informations, Trump l’a transformé en une arme contre les médias critiques, en inversant son sens pour qualifier des faits avérés qui lui déplaisent ;

-   concernant le mot « paix » : il a présenté la réduction de l’aide militaire à l’Ukraine comme un geste « pour la paix », alors que beaucoup y voient une capitulation face à l’agression russe ;

-  pour le terme « dictateur », il applique ce mot à ses adversaires étrangers, tout en rejetant son usage contre lui-même.


Donald Trump privilégie un vocabulaire simple, direct, presque enfantin, calibré comme un slogan publicitaire. Cela frappe les esprits et rend son discours accessible à un large public. Son langage est pensé comme une marque, où la force du mot prime sur la nuance. Des termes comme « caïd », « dingue » ou « stupide » deviennent des outils de communication politique. En changeant le sens des mots, il impose son cadre de pensée. Par exemple, en qualifiant ses adversaires d’ « ennemis du peuple » ou de « radicaux », il déplace la discussion vers son terrain.

 

 
 
 

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