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Chantage et emprise

  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture


 

Le chantage

 

Dans le chantage, le maître chanteur construit une situation qui va lui permettre d’exercer une influence concernant une demande impossible à refuser. Il exploite une vulnérabilité qui fait généralement peser sur cette victime un risque de dévalorisation sociale. Il propose alors un marché qui aide la victime à cacher ou à surmonter sa vulnérabilité : « personne ne saura ou, il ne t’arrivera alors pas cela, si tu fais ce que je demande ». Ce marché est présenté comme étant juste un service personnel, un échange banal. Le déséquilibre relationnel est ainsi créé et il est aussitôt exploité car le maître chanteur exige la poursuite du marché sous la menace de révéler la faute cachée, c’est-à-dire sous la menace d’une dévalorisation sociale possible.

 

Dans « Le Parfum » de Patrick Süskind, le parfumeur Baldini exerce un chantage sur Grenouille, le jeune apprenti doté d’un talent olfactif exceptionnel. Grenouille, jeune homme marginal et socialement invisible, possède un don extraordinaire pour les odeurs. Baldini, parfumeur vieillissant et en perte de créativité, découvre ce talent et comprend immédiatement qu’il peut en tirer profit. Il propose à Grenouille de l’héberger et de le former … à condition que Grenouille lui fournisse des formules de parfums révolutionnaires. Le chantage est ainsi mis en place : sans Baldini, Grenouille n’a nulle part où aller et aucun avenir. Sans Grenouille, Baldini n’a plus d’avenir professionnel. Baldini utilise cette dépendance pour obtenir ce qu’il veut.

 

On retrouve aussi les effets d’influence du chantage dans les techniques de manipulation utilisées par les services secrets. Par exemple le « kompromat » est un document compromettant, authentique ou fabriqué, utilisé pour nuire à une personne publique ou exercer une pression politique, judiciaire ou médiatique.


Un dossier compromettant sur une personne (un responsable politique, un dirigeant, un journaliste, un opposant) est constitué. Il peut contenir des informations privées, des secrets personnels, des éléments embarrassants, des preuves d’inconduite réelle ou fabriquée. Pour influencer la personne visée on révèle son existence et la menace fonctionne ainsi : « Nous avons quelque chose de compromettant sur toi, donc tu feras ce que nous voulons. » La menace peut être : explicite : « Si tu ne coopères pas, nous révélons ceci. », ou implicite : « Tu sais que nous savons. Alors … » La simple possibilité de publication suffit souvent. Le kompromat n’a pas besoin d’être rendu public pour être efficace. Les révélations possibles porteraient une grave atteinte au positionnement social de la victime.

 

Le chantage est le résultat de la construction d’une relation de dépendance par un manipulateur. Ce dernier repère une victime ayant des problèmes qu’il maintient cachés et qui porterait atteinte à sa valeur sociale, ou bien, fabrique un dossier sur les faiblesses et addictions de sa victime. Ce manipulateur se sert ensuite de sa connaissance des problèmes ou du dossier pour menacer la victime de faire des révélations ruinant sa réputation sociale. La victime accepte de donner en échange ce qui est réclamé par le manipulateur.

 

L’emprise

 

L’emprise désigne le pouvoir d’influence qu’une personne exerce sur une autre au point de limiter sa liberté de penser, de décider ou d’agir. Les situations d’emprise rapportées par les experts ont toute une même forme et une même dynamique. Je reconstitue ci-après cette structure (Anne Clothide Ziégler, Qu’est-ce que l’emprise ? Comprendre les mécanismes, 2024).

 

Il y a tout d’abord une rencontre. Celle du manipulateur et de sa future victime. Cette victime est une personne qui a rompu de nombreux liens et qui, de ce fait, se trouve dans le mal-être. Elle doute de ses capacités de nouer des liens durables. Les autres, autour d’elle lui apparaissent critique et rejetant. Son système d’interactions avec le monde est vide et elle cherche à se raccrocher à quelque chose ou quelqu’un car on sait que la consistance de ce système de liens est indispensable à la densité de l’identité (Boris Cyrulnick, 2024). C’est cette sorte de désarroi fébrile et caché que le manipulateur repère chez sa victime.

Le manipulateur se présente d’une manière rassurante : il est affable, attentif. Le plus souvent aussi il jouit d’une réputation liée à son âge ou à son statut social.

 

Le manipulateur va ensuite offrir du lien positif : il va offrir un soutien, multiplier les marques d’intérêt, proposer des aides précises, prodiguer des conseils, se montrer disponible et être attentionné ... Il va aussi discrètement critiquer les personnes connues « qui ont fait du mal » et dont il faut définitivement s’éloigner. La victime est ainsi positionnée d’une manière valorisée : on s’intéresse à elle. Les interactions de soutien construisent la personne du manipulateur comme le repère auquel la victime peut s’accrocher. Le manipulateur est chargé de la compréhension et de l’empathie recherchées. Il émet des affordances d’attirance. Il prend de plus en plus une place importante. Les échanges lui donnent le rôle de mentor dont la victime attend les recommandations. Elle ne peut plus se passer de ses avis pour avancer dans sa vie.

 

Après cette phase de constitution de la relation de domination bienveillante fortement ancrée, le manipulateur passe à la troisième étape de la construction de son emprise. Il devient plus précis sur ses exigences : il demande de rompre définitivement avec certaines personnes, il exige l’abandon de certaines habitudes et en propose d’autres, il indique des décisions à prendre, des conduites à avoir … et, surtout, il devient plus cassant. Lorsque les choses ne sont pas faites comme il l’a indiqué, il se montre mécontent et coléreux. Les effets de son déplaisir sont ravageurs chez la victime qui tient par-dessus tout à la relation construite avec son sauveteur modèle. Le déplaisir chez le mentor est le signe pour cette victime de la possibilité d’être abandonnée, ce qui est absolument à éviter. L’obéissance et la soumission se mettent donc en place. Elles sont la garantie de la pérennité du lien et, par-delà de la nouvelle identité retrouvée.

 

L’emprise est le résultat de la construction d’une relation de dépendance par un manipulateur. Ce dernier se positionne comme sauveur et conseiller auprès d’une personne en recherche d’une identité stable. Cette personne accepte alors la proposition salvatrice. Une fois la relation établie, le manipulateur joue sur la menace de la rompre et pilote alors la vie de sa victime.

 

La structure commune du chantage et de l’emprise

 

Eléments de la situation

 

Le chantage

L’emprise

Faiblesses et vulnérabilités

de la victime

La victime a des faiblesses ou des addictions : aux dettes, aux jeux, à l’argent, au sexe …

La victime est vulnérable a perdu ses principaux repères : sociaux, affectifs,

intellectuels …

 

La prise de contact

Présentation du manipulateur

 

Il est affable, compréhensif …, se présente comme un aidant

 

Il est affable, compréhensif …, il a un positionnement social favorable

 

La création du lien de dépendance

 

Le manipulateur montre qu’il connait les défaillances, il propose un échange réciproque pour masquer ces défaillances

 

Le manipulateur tisse des liens positifs qui valorisent et sécurisent la victime

 

Don et contre don

Exigence du manipulateur

 

Le manipulateur exige la poursuite de la relation d’échange pour éviter ses révélations

 

Le manipulateur devient exigeant pour que seul existe le lien créé avec la victime

Menace de rupture ou de dévalorisation sociale

 

Le manipulateur menace de révéler les faiblesses ou addictions. La notoriété sociale de la victime est ainsi menacée

 

Le manipulateur exige que ses instructions soient suivies sinon il menace de rompre la relation vitale pour la victime

 

 

 

 

 
 
 
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