Les geek et leur idéologie Web 2.0

January 22, 2020

 

Je décris une partie des croyances et des valeurs qui façonnent la mentalité et la relation au monde d’une génération de personnes élevées et travaillant avec l’internet. C’est un mélange d’idéologies libertaire, égalitaire et communautaire. Les managers et responsables se trouvent désormais à avoir à piloter des collaborateurs ayant cette mentalité bien particulière. 

 

Cette idéologie est faite d’un ensemble de croyances et de valeurs qui façonnent une certaine relation aux choses du monde ambiant.

 

1- La participation désintéressée

 

Gratuité de son apport à la communauté. C’est le refus de la mercantilisation, du « coût » des choses. Je vous offre et je serai payé en retour par vos offres. Ce que je donne ne vaut pas grand-chose pour moi, mais peut-être a-t-il de la valeur pour vous. A vous de voir. Vous êtes libre de le prendre.

 

2- La magnification de la collectivité et des réseaux

 

La collectivité trouve son utilité dans tous les domaines : connaissances, réflexion, débrouillardise (pour échapper aux pièges et aux règles…). On s’inscrit à un blog pour recevoir des nouvelles, on participe à un réseau pour « faire des rencontres ». On n’est plus seul, on est « en relation » avec toutes les personnes qui ont les mêmes centres d’intérêt. La participation à des « réseaux » devient une obligation (une norme). Si on n’en est pas, on n’existe pas vraiment. On passe à coté de la vie. Être, c’est désormais être seul et en réseau.

 

3- La magnification de la « co-réflexion » fructueuse

 

On partage la croyance dans les améliorations liées aux chocs des idées. C’est l’idéologie du logiciel « libre », que tous peuvent améliorer. On partage la croyance que tout est acceptable et que tout se corrigera spontanément s’il y a des erreurs. La « co-réflexion » ne peut laisser s’établir des contre-vérités. On a foi dans l’intelligence de tous et dans la bonne foi de chacun. Le traitre, le menteur ou le mal intentionné… n’ont pas de place sur le Web 2.0. Ils seraient immédiatement démasqués.

 

 4- L’égalitarisme des compétences

 

Tout ce qui est dit, par les uns et les autres, sur les blogs et sur le Net, en général, a la même valeur. C’est l’idéologie du « Wiki » : encyclopédie construite par tous. Chacun y apporte sa contribution et cette contribution vaut autant que celle d’un autre qui serait soi-disant plus « spécialiste ». Chaque idée ou opinion a droit d’être prise en considération au même niveau que les autres. On pioche sur le Web des avis de soi-disant « experts » que l’on peut réduire à néant d’un trait d’ironie ou, mieux, en lui opposant « sa » propre expérience.

 

5- La définition de soi comme « être branché » en permanence

 

On est toujours « en relation » par l’intermédiaire de son portable, de son courriel toujours ouvert, par son Pidgin, son SMS, son Skype… on est abonné à des flux RSS, à des « News ». On est « en prise sur le monde » qui bouge. On a l’impression « d’en être », de faire partie de cette vaste humanité inventive dont tous les acteurs ont quelque chose à dire et à nous faire découvrir. Cet « être branché » est le signe d’une ouverture, d’une acceptation des autres et de sa propre vie.

 

6- La valorisation de l’échange généralisé 

 

Toutes les formes d’échanges sont formidables. Il « faut » échanger ses pratiques, ses informations, ses idées, ses opinions, ses recettes, ses adresses… On retrouve son don à travers les dons que font les autres. C’est l’esprit communautariste du « tous pareils au niveau de l’apport ». De l’échange, il peut naître quelque chose : une relation un peu plus suivie, une orientation décisive, un « bon plan »… C’est la « roulette de la découverte » dans un monde hyper riche de toutes les idées des uns et des autres.

 

7- La valorisation de l’immédiateté

 

La chose à découvrir doit l’être instantanément, l’idée à transmettre doit être envoyée tout de suite (en écriture spontanée) ; le courriel, le portable… doivent rester ouverts. Pouvoir répondre immédiatement : c’est être libre (non contraint). En cherchant, on peut être attiré par quelque chose d’imprévu. Il faut se laisser guider par cet attrait inopiné. C’est l’éloge de la sérendipité (on trouve ce que l’on ne cherchait pas au départ). Skype est mieux que le courriel : on se voit en parlant, c’est nécessairement « plus vrai ».

 

8- La valorisation des alter ego

 

Ce qu’un autre moi-même m’envoie du bout du monde est certifié. Le « pair » est nécessairement un homme de confiance. Il « parle vrai », contrairement au professionnel de l’information, parce qu’il est en rapport direct avec moi et n’appartient pas à un « système ». Ce que l’on voit, ce que l’on filme avec son portable… vaut preuve et analyse et je peux l’expédier. C’est l’idéologie du « self reporter ».

 

9- La valorisation de l’apprentissage par bribes

 

La connaissance est accessible par morceaux. On ne perd pas de temps à apprendre des théories, des schémas généraux de référence. Théories, méthodes, concepts … sont rejetés, comme rappelant la scolarisation honnie (non libre, forcée…). Par ailleurs, cette connaissance « vient à soi », si on sait s’y prendre, car on s’est abonné à des flux RSS, à des Newsletters, à des mots clés ou tags…

 

10- L’idée de la connaissance comme empilage libre

 

C’est l’idéologie déjà vue du « Wiki » : une encyclopédie construite par les apports de chacun. Chaque morceau de puzzle, apporté par quelqu’un, s’amalgame aux autres morceaux pour former une « connaissance totale ». C’est de ce croisement des compétences et des apports que l’on peut accéder à une vision globale. C’est donc le rejet de tout ce qui est « structuré » et « normalisé ». C’est aussi le rejet des « autorités » de compétences : tout le monde fait « autorité » sur un sujet, du moment qu’il a quelque chose à dire. Les diverses paroles sont toutes à égalité.

 

11- L’idée de l’apprentissage facile et sans contraintes

 

Les « miettes de savoir » sont présentées sous forme d’opinions par des personnes qui font appel à leur expérience de terrain. Elles sont présentées comme des évidences vécues (à travers des vidéos) ou des discours « au fil de l’eau » (sans structure rhétorique). De ce fait, elles sont facilement assimilables.

 

12- L’idée de l’apprentissage permanent à portée de la main

 

L’apprentissage et la formation ne dépendent plus de « périodes » spéciales de la vie et notamment de la jeunesse. On est toujours en train d’apprendre par l’intermédiaire des échanges avec les multiples ressources offertes. Le Web est comme un hypermarché du savoir et des informations qui aurait des rayons infinis. Tout est disponible, à qui sait le trouver.

 

 

On retrouve dans les composantes de cette idéologie une grande partie de la mentalité des "geek". Le "geek" (le fana de jeux vidéo et d'informatique) est une fabrication des temps modernes liés à la généralisation des usages de l'informatique.

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