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Tous complexés

October 15, 2019

Extrait de : "J'ai vaincu mes complexes et mes peurs,

Alex Mucchielli, éd. Kawa, 2019, pp. 32-45)

 

Dans notre enfance et dans notre vie même, nous sommes toujours exposés à subir les pressions affectives et les exigences des autres, à rencontrer des situations traumatisantes, à être marqués par des chocs émotionnels... De ce fait nous sommes des réceptacles prêts à intégrer de multiples formes de complexes. Regardons un peu comment cela peut arriver.

 

1- Expériences dans l'univers affectif de la famille

 

Tous les psychologues s'accordent donc pour dire que les situations affectives, plus ou moins prégnantes ou traumatisantes, vécues dans l'enfance, laissent des traces psychiques.

 

Pour Ronald Laing, par exemple (La politique de la famille, 1979), la situation fondamentale rencontrée dans l’enfance est la définition de soi donnée par autrui. En effet, le système familial (même s’il est réduit à la relation mère-enfant) est un système de rôles dans lequel il ne peut pas ne pas exister de définition des rôles de chacun et surtout du rôle des enfants. Nous avons vu ceci dans le cas de Paul : sa famille lui assigne le rôle de mauvais garnement et il lui faut toute sa vie pour dépasser ce rôle prescrit en le surcompensant et en devenant un expert des prothèses.

 

La famille définit le rôle que doit jouer l'enfant : elle lui prescrit une identité composée de principes plus ou moins pathologiques ou sains.

Une infinité de complexes trouvent ainsi leur source.

 

Dans son état d’infériorité et de dépendance de la prime enfance, ce n’est pas le petit enfant qui définit son rôle, nous dit Laing. Ce qu’il est, ce que l’on attend de lui..., bref son identité, lui est prescrite par les dominants : les adultes, l'école, sa famille en général... Le système familial propose donc à l’enfant un rôle à tenir, une personnalité à jouer pour être accepté. L’enfant n’a pas vraiment le choix et se soumet aux injonctions et aux prescriptions pour rentrer dans le rôle.

 

On conçoit l’importance capitale pour la constitution des manières d'être de cette définition de soi donnée et exigée par la famille dans la prime enfance. L’idée fondamentale de Laing et des antipsychiatres, c’est que les troubles de l’identité et les complexes sont “ fabriqués ” chez les individus, sains à l’origine, par des acteurs sociaux eux-mêmes malades (individus, couples ou familles, groupes sociaux et société tout entière), qui imposent aux autres leur propre système de relations pathologiques. C’est d’ailleurs pour protéger leur propre système interne pathologique que ces acteurs sociaux exigent des autres des identités pathologiques complémentaires. Ils ne peuvent “ être ” que si les autres répondent à leurs besoins maladifs. C’est pourquoi Laing dit que l’identité personnelle est toujours “ collusoire ”, c’est-à-dire qu’elle a besoin de partenaires qui jouent les rôles complémentaires du rôle identitaire (collusion).

 

En effet, une fois forgée, l’identité va reproduire le système d'interactions que la famille a exigé et forgé. L'adulte a besoin de jouer ce système de relations puisque c'est là son unique manière d'être au monde, la seule qu'il ait apprise. La personne ainsi "façonnée" propose son système de relations aux autres. Ces autres personnes n'ont, bien entendu, aucune raison d'entrer dans ce système et elles fuient ce qui leur est proposé. Le complexe personnel de par sa rigidité est inadapté aux relations sociales. C'est en grande partie à cause de cela que les interlocuteurs d'un complexé repèrent son complexe.

 

2- L'expérience de l'enfant en sandwich

 

Être l'enfant du milieu, dans une fratrie, a des avantages et des inconvénients. Entre l'aîné et le benjamin, l'enfant du milieu (ou enfant sandwich), vit une situation particulière qui va laisser des traces dans sa vie adulte. Cet enfant est celui à qui les parents accordent le moins de temps et d’attention. 

 

Cet enfant prend alors, dans la plupart des cas, l’habitude de ne pas demander d’aide, il cherche d'abord à s'en sortir tout seul. Il apprend alors à se débrouiller car, souvent, il ne peut pas compter sur son aîné ou demander de l’aide à ses parents, davantage disponibles pour le dernier. Il devient de ce fait plus indépendant et plus débrouillard.

 

C'est aussi, d'ailleurs, cette situation qui le pousse à se tourner vers ses camarades. C'est ainsi qu'il fera des expériences d'échange qui feront plus tard de lui un adulte conciliant et ouvert à la discussion et au compromis. Sa situation vécue, entre ses frères et sœurs qui l’encadrent, façonne aussi sa sociabilité : il saura s'adapter aux différentes personnalités rencontrées.

 

On constate que les "enfants sandwichs" aiment la justice. Ceci vient du fait qu’ils ont trouvé, dans les situations vécues de leur enfance, que la vie était souvent injuste envers eux : les aînés avaient plus de privilèges et les derniers étaient plus gâtés. Ils sont devenus sensibles aux injustices et ils trouverons là une des sources de leurs intérêts professionnels : ils s'orienteront vers les métiers de la justice (avocat, juge...) ou de la médiation (diplomate, éducateur, médiateur...). Par ailleurs, ces enfants sont plus résilients que les autres, se plaignent moins, mais aussi, quelquefois, se braquent vite au point de se montrer parfois têtus…

 

Comme on le voit, ce que l'on vit dans sa vie d'enfant laisse des traces dans le psychisme. Ici, l'enfant du milieu de la fratrie, baigne très longtemps dans une situation relationnelle qui façonne ses aptitudes et ses goûts sociaux. Dans sa situation familiale il est obligé de trouver tout seul des solutions à ses problèmes. Il apprend alors à négocier avec d'autres personnalités, il devient sociable, mais il lui reste une grande sensibilité aux injustices subies.

 

Les leçons à tirer du cas

 

Les situations vécues dans l'enfance, nous le savons,

laissent des traces dans notre psychisme.

Ici, avec cette expérience de l'enfant sandwich,

on voit comment se façonnent les goûts et les motivations

de la vie adulte. 

 

La vision des anti-psychiatres comme Laing

met directement en cause le milieu affectif du petit enfant.

 

Avec Laing, la famille, en imposant une identité prescrite à travers un rôle, peut fabriquer de très nombreux complexes spécifiques.

 

3- Expériences sociales sur les névroses engendrées par la société contemporaine

 

Pour des socio-psychanalystes comme Karem Horney (La personnalité névrotique de notre temps, 1937) et Eric Fromm (Société aliénée et société saine, 1947), notre culture occidentale est aliénante et ne fabrique que des “personnalités névrotiques” qui ont peur de la liberté. Ceci parce que notre société toute entière impose aux individus un système relationnel à base de compétition, d'échec, de défiance et surtout d'isolement affectif.

 

En effet, pour eux, lorsque l’on cherche à caractériser les relations que chaque individu est “obligé” de mettre en œuvre avec les autres dans notre société, on voit qu’il ne peut pas ne pas se mettre en compétition avec les autres, qu’il ne peut pas, de ce fait, ne pas connaître de nombreux échecs, qu’il ne peut pas ne pas être défiant envers ses partenaires et qu’il est conduit à mettre en place de nombreuses “coupures affectives” avec ceux qu’il rencontre.

 

La compétition est imposée dès l’école et elle constitue un modèle relationnel prégnant que l’individu retrouve tout au long de sa vie dans son métier, dans ses loisirs et même dans ses relations sexuelles. Elle génère échecs et défiance. Les “coupures affectives” sont imposées non seulement par la compétition mais aussi par la vie moderne qui isole l’individu de ses groupes primaires d’insertion affective tels que le village, le groupe de métier, la famille. Il se trouve seul même (et surtout) dans la foule des grandes villes  comme l’a montré David Riesman (La foule solitaire, 1964). La nature humaine qui a besoin d’affection participative, de sécurité, de confiance, ne peut trouver à s’épanouir normalement.

 

Pour faire face à ces situations, l’homme contemporain développe des mécanismes négatifs pour compenser son manque rédhibitoire de sécurité et de dignité : il est agressif, méfiant, peu collaboratif, individualiste, âpre au gain et à la valorisation de lui... Tous ses complexes forment une "personnalité névrotique" qui est sans cesse entretenue par le "système".

 

 

4- Expérience sur les Grandes Écoles et le complexe de supériorité

 

Les jeunes garçons ou filles qui intègrent les Grandes Écoles sont déjà dans l'idée qu'ils sont les meilleurs : ils ont suivi des années de préparation très sélective et ils ont gagné aux concours d'entrée. D'ailleurs, bien avant de préparer les concours, dans leurs familles, ils étaient cornaqués par leurs parents pour réussir aux Grandes Écoles et on leur inculquait déjà l'idée "qu'ils étaient les plus forts". La Grande École en question va alors les renforcer dans leur complexe de supériorité.

 

"Pour les “ jeunes loups ”, par exemple, essentiellement reformatés dans les Grandes Écoles, les prémisses de leur personnalité renvoient à une idéologie du management libéral à visage humain qu'ils apprennent dans leurs Écoles. On peut les formuler ainsi : "il faut agir et faire" (ce sont des activistes volontaristes) ; "il faut créer et innover" (ils sont dynamiques et progressistes) ; "il faut analyser et raisonner" (ils sont rationalistes) ; "les problèmes bien posés peuvent être résolus par la technique" (ils sont scientistes) ; "il faut des chefs qui commandent" (ils sont élitistes) ; "il faut savoir s’imposer lorsque (comme nous) on est compétent" (ils sont dominateurs et sûrs de leur valeur) ; "il faut réussir sa carrière en se faisant des relations opportunes" (ils sont arrivistes et calculateurs). Leurs modèles, ce sont les grands commis de l’État, les grands chefs d’entreprise, les hommes de sciences renommés, les hommes politiques en vue..., qu’ils connaissent et ont vu se produire devant eux dans leurs Écoles. Leurs identités négatives ce sont tous ces groupes pris dans les foules travailleuses de provinces : les prolos, les p’tits profs, les p’tits bureaucrates... Ils ont sur eux des stéréotypes forts, précis et répulsifs" (Alex Mucchielli, L'identité, 2008).

 

Les énarques, les polytechniciens..., forment les "grands corps" de l'administration, l'élite de la nation. Ce sont des "Hommes dominants" qui ont des postures et des attitudes "d'Alpha" : air supérieur, port de tête droit, regard hautain, démarche fière, ton assuré..., ce qu'il faut pour assurer des réponses de respect... Ils se retrouvent aux commande du pays. Leur complexe de supériorité continue de jouer. Ils engagent alors entre eux une féroce compétition pour "être le meilleur", "être devant les autres" ou "mieux réussir leur carrière"... Dans une forme sublimée, leur complexe de supériorité peut aboutir au "complexe de Narcisse" : l'individu est imbu de lui-même, il est individualiste et égoïste. Tout ce qu'il pense et tout ce qu'il fait est parfait et doit servir de modèle aux autres (Christopher Lasch, Le complexe de Narcisse, 2006).

 

Deux  leçons à tirer des expériences

 

1°) Un complexe ne rend pas compte de la totalité de la personnalité.

 

Avec les analyses des anti-psychiatres nous sommes dans le cas extrême de la maladie mentale : l'individu, façonné par sa famille, n'a à sa disposition qu'un seul rôle à jouer.

Son complexe comportemental a envahi toute sa personne. Il réduit et limite les expressions de sa personnalité.

 

2°) Un complexe, dans sa forme banale, peut être neutraliser sans danger.

 

Mais, sans aller à ces extrémités, on peut concevoir que la famille et les personnalités dominantes de la vie de l'enfant, lui proposent un ensemble de rôles à tenir et non plus un seul ;

- celui du  la fille enjouée qui fait rire les grands et celui de la petite fille affectueuse qui aide toujours sa fratrie...

À l'âge adulte, l'individu a alors à sa disposition un ensemble de rôles avec lesquels il peut entrer en relation avec les autres.

Le complexe donc, rend compte d'une des parties de la personnalité et non de sa totalité. Comme il est en général gênant, c'est pour cela que l'on va pouvoir le neutraliser sans dommage pour la personne.

 

5- Petites leçons sur 4 autres complexes très fréquents

 

Bien entendu, il nous faut parler du "complexe des complexes" : le complexe d’Œdipe. Pour Freud, la racine de toutes les névroses et de tous les complexes, ce sont "les sentiments œdipiens" (Psychopathologie de la vie quotidienne, 1904). Pour Freud, ces sentiments très forts constituent le fondement de la vie affective de l'enfant de 3 à 5 ans. Ils réunissent les désirs amoureux de l'enfant envers le parent du sexe opposé et l'hostilité jalouse -avec vœux de mort- envers le parent du même sexe. Ce "complexe" serait vécu par tous les humains quelle que soit leur culture d'origine. Il structure toute la vie affective et se diversifie en une multitude de formes variées. C'est de ces formes variées dont nous allons parler. Ces formes diversifiées ont été étudiées par divers psychologues que nous allons évoquer.

 

Le complexe de culpabilité

 

La personne qui possède ce complexe vit en permanence dans un sentiment de faute, de honte,  dans la crainte de mal faire, dans la certitude de ne pas être en règle, de ne pas mériter les joies, les petits bonheurs et les plaisirs qui s'offrent à elle. Les erreurs que fait cette personne sont grossies et dramatisées. Tout ce qu'elle entreprend est freiné par ses doutes et ses scrupules. La peur de la faute possible entraîne, avant l'action, des hésitations, et, après l'action, le doute sur la qualité de ce qui a été fait.

 

Le complexe de culpabilité se trouve souvent "compensé" dans des ensembles de conduites de rachat : générosité excessive, mécénat, philanthropie, mise en place de structures d'aide,  de soutien financier... (c'est alors ce que l'on appelle le "complexe de rédemption"). Les conduites de "rachat" peuvent aussi se diriger vers la quête absolue de "mérite", que ce soit dans des domaines intellectuels ou dans des domaines humanitaires (investissement complet dans des recherches, dévouement passionné à des causes...).

 

Le complexe de culpabilité peut se trouver "sublimé" dans des ensembles de pensées et de conduites (excessives) liées à une philosophie de l'expiation ou de l'accusation des méfaits venants d'éléments du monde (de la bourse, de l'argent, des banquiers, du "système", des politiciens...). Le complexe sublimé justifie alors des attaques violentes contre les coupables extérieurs désignés.

 

Un complexe peut se résumer à un principe de vie

qui colore la vision des choses,

qui fait surgir des émotions

et qui pilote des réactions stéréotypées.

 

Le complexe d'abandon

 

La personne qui possède ce complexe possède une structure psychique (son complexe) qui fait qu'elle cherche en permanence à combler son vide affectif (La névrose d'abandon, Germaine Guex, 1950). L'abandonnique vit dans la crainte permanente que l'on ne s'occupe pas de lui. Il est donc extrêmement sensible à toute marque de rejet. Plus, il interprète toute neutralité relationnelle comme une marque de rejet affectif. Il a besoin de témoignages permanents d'affection. Il cherche toujours à savoir si l'autre, les autres, l'aiment. Le moindre signe de critique, de distraction à son égard ou d'inattention est aussitôt interprété comme un signe de rejet. On voit comment cette recherche insatiable des marques d'affection peut lasser ceux qui le côtoient. Ces personnes, alors toujours sollicitées, finissent pas s'écarter de lui, par se protéger de ses appels..., alors, évidemment il interprète cela comme une preuve de son rejet. Le complexe se nourrit de lui-même : il s'auto-entretient.

 

Le complexe d'abandon se trouve souvent "compensé" dans des ensembles de conduites de recherche de l'admiration : recherche de notoriété, démonstration de courage, de vertu... Ou, au contraire, dans des conduites de retrait, d'abandon de toute relation avec les Hommes : recherche de relations privilégiées avec tel ou tel animal,  recherche de la relation privilégiée avec un Dieu (qui jamais ne déçoit...)...

 

Le complexe d'abandon peut se trouver "sublimé" dans des ensembles de pensées philosophiques pessimistes : l'Homme est en déshérence dans le monde hostile, il est "jeté au monde", en proie à l'angoisse existentielle (La mort du Loup, Alfred de Vigny). L'Homme est voué à la solitude :

Alors il était nuit et Jésus marchait seul,
Vêtu de blanc ainsi qu’un mort de son linceul ;
Les disciples dormaient au pied de la colline.
Parmi les oliviers, qu’un vent sinistre incline,...

 (Alfred de Vigny, Le mont des Oliviers)

 

 

Le complexe de rivalité fraternelle

 

Cette personne possède une structure psychique (son complexe) qui lui fait percevoir partout des rivaux. Toute situation inter-humaine est perçue comme une situation de compétition contre lui. Il va perdre, comme il a perdu dans des situations affectives qui l'ont marqué. Aussi se sent-il obligé de lutter pour préserver ce qu'il a et ce qu'on doit lui donner. Il estime qu'il est en droit de "se défendre" contre les intrus. Il va donc développer des activités de défense envers les rivaux potentiels pour les déconsidérer : agression, dévalorisation, ironie méprisante, critique, manœuvres diverses d'élimination... Par ailleurs il va aussi développer des activités de recherche de preuves de la considération que lui portent les personnes qui comptent pour lui : revendications et performances destinées à montrer ses compétences... La vie d'un cadet qui a le complexe de rivalité fraternelle est guidée, par le désir de contrer en permanence ce que fait l’aîné : il le copie en faisant mieux, il s'affirme plus fort dans des postes qu'il veut comparables, il cherche à gagner plus et le fait savoir, il achète plus cher et plus beau...  

 

 Le complexe de rivalité fraternelle se trouve souvent "compensé" ou "surcompensé" dans des ensembles de conduites de mise en avant de soi. C'est ainsi que le "complexe spectaculaire" est une compensation de ce complexe de rivalité. Dans le complexe spectaculaire, le complexé fait tout pour se faire remarquer : il prend des risques insensés, il développe à fond une aptitude qui le différencie, il devient champion dans des disciplines qui ont une extrême visibilité, il s'affirme dans des métiers "où l'on se montre" (humoriste, acrobate, cascadeur, acteur, clown, conférencier, politicien...).


Le complexe de castration

 

Cette personne possède une structure psychique (son complexe) qui lui fait voir toutes les situations de la vie comme des situations insurmontables : elle n'arrivera pas à faire ce qu'il faudrait faire. Dès le départ, elle a "les ailes coupées". En conséquence elle a une attitude générale de retrait et d'attente anxieuse. "Comment les choses vont se passer ?",  "Pourvu qu'on ne me demande rien", "Il y a trop de risques à faire comme cela"..., pense cette personne.

 

Ce "complexe" a été façonné par des expériences dites "castratrices" : toute spontanéité et volonté de faire quelque chose chez l'enfant ou l'adolescent a été niée et cassée par l'entourage social ; des expériences traumatisantes d'échec concernant la sexualité ou la réalisation de projet ont été vécues ; tous les essais d'expériences personnelles ou les idées  nouvelles de l'enfant ont été empêchés et culpabilisés ; des punitions et des hontes ont accompagné les tentatives d'affirmation d'indépendance de l'enfant ou de l'adolescent... Bref, les modalités d'existence un peu personnalisées de l'enfant ou de l'adolescent ont été réduites à néant. La dépendance et la soumission ont été imposées par la menace affective (à ce sujet, on pourra lire la fameuse : "Lettre à mon père" de Franz Kafka).

 

Le complexe de culpabilité se trouve souvent "compensé" et "surcompensé" dans des ensembles de conduites d'affirmation excessive de soi (puisqu'il s'agit, on l'aura compris, d'un trouble des capacités d'affirmation normale de soi). Le complexé recherche alors son affirmation dans des métiers et des statuts dans lesquels il peut exercer une autorité automatique et vengeresse. C'est typiquement le cas du "petit chef" qui va terroriser les employés sous ses ordres et va démontrer en permanence son importance. La valorisation va aussi être recherchée dans des domaines dans lesquels la personne se découvre des aptitudes réelles malgré les destructions psychologiques subies dans l'enfance. Le donjuanisme (ou le messalinisme) est à mettre dans les réactions surcompensées du complexe de castration : le Don Juan va afficher sa puissance par le nombre de ses conquêtes. Souvent, aussi, le complexé va  mettre en place une double vie : une vie officielle dans laquelle il est effacé et sans personnalité, et une vie cachée dans laquelle il donne libre cours à des passions compensatrices : vie sexuelle débridée, appartenance à des groupes clandestins ou à des sociétés secrètes cherchant la destruction de la société et des pouvoirs en place (on comprend la motivation de revanche).

 

 Le complexe de culpabilité peut se trouver "sublimé" dans des ensembles de pensées et de conduites (excessives) valorisant la négation de soi. C'est ainsi que cette forme de sublimation se retrouve partout où l'effacement de soi est donné comme une vertu : métiers de sacrifice comme dans les soins, la défense des miséreux, les métier du "sauvetage" ou du "secours", on pensera aussi aux ordres religieux de différentes religions où l'humilité et le don de soi sont des règles de vie...

 

5- Les complexes de la vie quotidienne

 

Il existe quantité de complexes de la vie quotidienne qui diffèrent des grands complexes que nous venons de voir. Ces "petits complexes" perturbent la vie quotidienne. On peut notamment les reconnaître au fait qu'il y a une focalisation de la personne complexée sur des situations, des objets, des personnes ou des signes particuliers. Lorsque ces éléments apparaissent dans l'environnement de la personne complexée, elle perd ses capacités d'adaptation et répond par des conduites stéréotypées accompagnées d'émotions plus ou moins fortes. 

 

Une personne qui a vécu intensément et péniblement dans son enfance les problèmes d'argent de ses parents, aura le complexe de l'écureuil, mêlé à des perturbations liées à tout ce qui touche à l'argent : accusations spontanées et non fondées de vol, anxiété dans la gestion de son compte en banque, peur de se faire spolier, démêlés avec des achats auprès des commerçants, oubli volontaire de payer ses dettes, radinerie excessive, privation de facilités de vie du moment qu'il faut payer un peu...

 

Voilà encore une personne qui a eu un père tortionnaire, lui faisant subir des humiliations, des vexations, des punitions injustes... Il a intégré une hostilité énorme et inexprimable contre ce père qu'il ne voit plus du tout, à l'âge adulte. Cette hostilité s'est transférée sur toutes les figures d'autorité qu'il a rencontrées et qu'il rencontre : ses professeurs, les policiers, son percepteur, son notaire... À chaque fois qu'il se trouve en face d'un représentant d'une de ces figures d'autorité (au sens large), il a des réactions agressives, d'accusation, de rejet... Ce qui ne fait pas avancer ses affaires, on s'en doute et ce qui le confirme dans sa détestation de l'autorité. 

 

Les sentiments d'injustice et d'indignation créés dans la jeunesse occidentale qui ne trouve pas, après de longues études, à s'insérer correctement dans la société, donnent naissance au complexe du révolté et à ses différentes formes d'expression de sabotage passif ou de violence. D'après Emmanuel Todd, l'écrasement économique d'une large part de la population a donné lieu et donne lieu à des mouvements dits des insoumis.

 

 "Je suis engloutie dans le trou d'un ouroboros [serpent qui se mord la queue] qui pourrait être pris comme l'emblème de ma génération.

Pas de spirales, pas de labyrinthes : un mur circulaire qui dessine notre cellule", explique Marianna, bientôt 33 ans, traductrice free-lance rentrée chez ses parents, à Palerme, il y a dix-huit mois.

 

Conclusion

 

Les 7 aptitudes de la personnalité parfaite

 

Y a-t-il des hommes et des femmes dits "normaux", au sens où ils n'auraient pas de structures complexuelles dans leurs psychismes ?

 

 

 

 

Pour ma part, je commence à en douter. Plus je regarde mes contemporains, plus je vois partout des complexes et leurs différentes formes d'expression compensées, surcompensées et sublimées.

 

Peut-on penser qu'un homme ou une femme dit (e) "normal (e)" aurait les 7 aptitudes que montre le schéma ci-dessus ? À vous de décider.

 

 

 

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