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Formation des complexes

February 25, 2019

 

1- Une expérience clinique

 

Adler est l'inventeur du "complexe d'infériorité". Dans son ouvrage "Connaissance de l'Homme" (1927), il décrit la formation d'une réaction complexuelle destinée à prévenir toute situation de critique et à attirer l'attention sur soi.

 

“La cliente me raconte qu'elle a rencontré une amie très malheureuse parce que son mari lui avait fait une scène violente pour un retard dans la préparation du repas. Et la cliente ajoute : “Si je ne me trompe, ma méthode est bien meilleure. Personne n'est jamais fondé à m'adresser un reproche tant je suis surchargée d'ouvrage du matin au soir...”.

 

Rentrant dans le passé de sa cliente, Adler décrit comment s'est formée cette stratégie devenue une constante de l'existence. "A l'origine, il y a la jalousie entre le frère et la petite sœur (elle était l'ainée de trois enfants), qui, pensait-elle, étaient les favoris. On s'intéressait aux travaux scolaires médiocres de son frère et pas aux siens qui étaient constamment bons. Elle devint donc d'abord une mauvaise élève, avec des notes plus minables que celles de son frère (“afin d'attirer sur elle l'attention de ses parents”). Mais cela ne “réussit” pas car dans le même temps les mauvaises notes en conduite de la petite sœur paralysèrent l'attention parentale. Donc, “le combat pour être traitée comme elle l'entendait” reprit sur d'autres bases.

 

"Après bien des essais et des erreurs, le but fut atteint... Le succès vint avec la tendance à se poser toujours devant  autrui comme surchargée, accablée de fardeaux".

 

A l'origine, "il s'agissait de contraindre les parents à se soucier de leur ainée tout aussi attentivement que du frère et de la petite sœur, et, en même temps de prendre une revanche contre la sévérité qu'ils avaient témoignée à la grande. Dès lors acquise, la disposition fondamentale a persisté jusqu'à ce jour, et elle l'applique à son mari...".

 

"Voilà comment, conclut Adler, en joignant entre eux deux points de l'existence psychique d'un sujet, nous avons découvert sa ligne de vie",

 

2- Six  leçons à tirer de l'expérience

 

1°) Une conduite complexuelle trouve ses fondements dans des émotions.

Ces émotions sont le plus souvent liées à un vécu enfantin. Dans notre cas, le sentiment vécu par la jeune fille est la jalousie envers la petite sœur qui lui vole l'attention des parents.

 

2°) Une conduite complexuelle est une réponse à une conclusion psychologique tirée d'une situation.

Dans le cas rapporté, le sentiment éprouvé est un sentiment de jalousie. Il donne naissance à une conclusion du genre : "il me faut retrouver l'attention de mes parents".

 

3°) La personne cherchant à résoudre un problème psychologique lié à une situation émouvante cherche une solution comportementale efficace.

Pour retrouver l'admiration de ses parents, la cliente d'Adler dispose de plusieurs manières concrètes de se comporter. On voit d'ailleurs qu'elle essaye plusieurs façons de s'y prendre. Ses premiers efforts échouent. Elle finit par trouver "une bonne manière de s'y prendre": jouer l'accablée de fardeaux et s'épuiser dans des activités inventées pour s'épuiser.

 

4°) Le système des conduites trouvé pour résoudre le problème se rigidifie et devient  chronique et utilisé dans de nombreuses situations.

La manière d'attirer l'attention des autres en jouant la surchargée est une manière d'être et de faire qui est une déformation de toutes les conduites de la cliente d'Adler. C'est devenu un comportement complexuel qu'elle applique partout.

 

5°) Une conduite complexuelle est donc un scénario de vie qui s'impose à la personne.

Ce scénario neutralise toutes ses possibilités de réagir autrement et d'une manière adaptée aux situations de son existence qui sont du même genre. Un tel scénario met en œuvre ce qu'Adler appelle "un plan de vie", c'est à dire une sorte de principe existentiel. Dans le cas que nous avons vu ci-dessus, le vécu enfantin de la jeune femme l'a persuadé "qu'il faut être surchargée de travail pour avoir l'attention des autres". Elle a trouvé ainsi une manière de résoudre son problème et, c'est ce qui fonde son complexe. 

 

6°) Un "complexe" repose sur une vision déformée des situations de la vie.

La jeune femme dont nous parlons ne peut plus que jouer et rejouer sans cesse ce type de conduites pour répondre à sa "vision complexée" de son environnement. Cette vision est une interprétation des situations qu'elle traverse. Dans notre cas, la jeune femme applique la solution qu'elle a trouvé aux relations avec son mari car c'est sa seule façon de voir les situations interpersonnelles.

 

3- L'auto entretien et le renforcement du complexe

 

Le complexe d'infériorité fonctionne avec un principe de vie qui a été intégré dans la psychisme de la personne complexée. Ce principe est simple : l'individu a la certitude intime de "ne pas être à la hauteur" (d'être incapable, d'être ridicule en faisant cela, d'être certain de rater la chose à entreprendre...). Il est évident qu'en pensant cela, l'individu complexé ne va pas être dans de bonnes dispositions face à la situation qui va se présenter à lui. Sa peur de rater va le pousser à ne pas tenter, à fuir, à éviter... Avec sa certitude mentale et ces prédispositions négatives à l'action, l'individu en question a toutes les chances de réaliser quelque chose qui va le mener à l'échec. Ainsi ce qu'il pensait sera prouvé : il n'est pas capable de succès.

 

 

Cette induction de la situation d'échec à cause des prédisposition mentales, émotionnelles et comportementales que l'on a, au départ, devant la situation est ce que les psychologues de l'École de Palo Alto (Watzlawick et al., Une logique de la communication, 1976), ont appelé : la prédiction qui se réalise. Ils ont repris là un théorème de psychosociologie énoncé par le sociologue Robert K. Merton : « C’est, au départ, une définition fausse de la situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse, devient vraie. ». Pour le complexe d'infériorité, le complexé, lui-même, se met toujours en situation d'échec et tire de son échec la certitude qu'il ne peut réussir. Ainsi son complexe est-il alimenté en permanence.

 

 

 

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