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Socioscopie : les couples de l'année. L'addict et le casseur, le profiteur et l'activiste

September 22, 2018

 

Les 4 grandes passions humaines

 

Le psychologue Shalom Schartz est connu pour avoir développé une théorie globale des passions humaines. Selon lui, la répartition de ces passions est très stable  dans le temps et l'espace. Toutes les époques ont connu une répartition des Hommes entre quatre secteurs. Il y a environ un quart des individus qui sont des idéalistes, un quart qui sont des réalistes-opportunistes, un quart qui sont des joueurs-jouisseurs et un quart qui sont des dominants voulant affirmer leur puissance.

 

 

 

On voit sur notre schéma que l'on peut placer les quatre figures dépendantes de ces passions sur des axes orthogonaux : Action ou Passivité, en vertical et : Futur ou Présent, en horizontal. Le Bâtisseur et l'Idéaliste se situant dans la dimension du futur ; le Despote et le Jouisseur se situant dans le présent. Le futur est ouvert pour le bâtisseur et l'idéaliste, tandis que le présent est fermé pour le despote et le jouisseur : tout est à prendre dès maintenant car on ne sait pas ce qui peut arriver. En allant un peu plus loin, on peut dire que le Bâtisseur et l'Idéaliste ont confiance dans l'avenir, tandis que le Despote et le Jouisseur préfèrent ne pas compter sur un futur favorable.

 

Le progrès ou la décadence de la société

 

Je propose de remplacer l'axe horizontal futur/présent par une vision différenciée du monde et de son évolution, par deux croyances fortes concernant le futur : celui-ci s'améliorant  constamment (progressistes, évolutionnistes du social, idéologues du développement, transhumanistes...) ou ne faisant que se dégrader (déclinologues, effondristes, collapsologues...). Cela nous donne, avec le même axe vertical Action / Passivité, quatre figures qui peuvent représenter les grands positionnements de nos contemporains envers la vie.

 

Les addicts

Dans le quadrant à droite et en bas, nous avons les personnes qui pensent que la société ne peut absolument pas se transformer en mieux. Pire, qu'elle va en se dégradant. Ils ont une attitude de forte défiance envers l'avenir. Cette perspective les paralyse. Ils ne sont pas dans l'action, au contraire, ils sont dans le laisser tomber et le désengagement. Ils se replient donc sur eux-mêmes dans l'indifférence. Il faut laisser faire les choses et cultiver ses intérêts personnels et son individualisme. Ils peuvent être critiques, cyniques, amoraux et saboteurs. Ils ont souvent des activités qui satisfont leurs propres désirs, bien souvent des addictions : drogues, jeux, sport extrême, sexe, vols, dégradations... Ils veulent à tout prix la liberté de faire ce qu'ils veulent. Le psychanalyste Jacques-Alain Miller pense d'ailleurs avec justesse que le modèle général de la vie quotidienne au 21ème siècle est l'addiction. L'individu jouit tout seul avec sa drogue et tout peut devenir drogue : le sexe, le sport, le travail, l'Internet, le Smartphone, Facebook... Cet investissement massif est une manière de fuir et de se désengager de la société tout en faisant semblant d'y participer.

 

Les casseurs

Au dessus des drogués, dans le quadrant supérieur, nous trouvons des personnes qui pensent aussi que la société va en se dégradant. Mais ils sont dans l'action et leur action prend la forme de l'agression et de la violence. Ils se vivent dans la situation des animaux acculés dans une impasse : ils attaquent la société qui les coince et les cerne sans leur proposer d'issue. Ce sont des radicaux, des révoltés, des anarchistes qui ne croient plus en rien (no futur). Ils cassent pour détruire un peu plus ce monde pourri qu'ils rejettent entièrement. Ces nihilistes ont des activités violentes qui vont avec leur haine de la société : ils détruisent, ils harcèlent, ils injurient, ils terrorisent, ils s'opposent à tout ce qui représente l'ordre, l'autorité, la loi, la connaissance, les institutions, le progrès, le beau, le bien... Ils veulent à tout prix la violence pour tout réduire à néant. En fait, ils existent par et à travers la destruction.

 

Le balancier entre l'addict et le casseur

Les jeunes générations, celles qui sont shootées aux Smartphones et à l'Internet, balancent plus que les autres entre le positionnement du bas et celui du haut dans les quadrants de droite. Ils sont tantôt dans l'apathie et l'addiction, tantôt dans la radicalité et la contestation de tout. Tantôt, ils se replient sur eux-mêmes pour oublier le monde mauvais et se dégradant sur lequel ils jugent n'avoir aucune prise ; tantôt ils se réveillent et passent aux actes violents pour exprimer leur dégout du monde et de ses acteurs. La catégorie la plus courante de ces personnes ne croyant plus au futur et ne voulant rien faire pour l'améliorer, est composée de ceux qui profitent de tous les avantages qu'ils peuvent glaner et qui, en paroles, déversent des tombereaux d'injures et de malédictions sur leurs contemporains, les people, la société et ses dirigeants. Ceux sont eux qui sont derrière les Tweets insultants et dégradants que reçoivent à l'envi les personnes qui s'exposent dans les médias. Le fait de tweeter des insanités procède d'un positionnement qui est à la fois de la passivité et de l'action : en effet,  on profère des insultes, mais on est protégé dans l'anonymat des réseaux sociaux et tranquillement installé dans son canapé.

 

Le profiteur

De l'autre coté de notre diagramme, à gauche, nous avons les personnes qui pensent que le monde peut s'améliorer, que la société future va se transformer en mieux. Dans le quadrant du bas, nous trouvons les personnes qui sont dans la passivité et la jouissance. La lutte pour un monde meilleur, ce n'est pas leur affaire. Ils sont là pour profiter de tout ce qui peut s'offrir à eux. Ce sont des hédonistes et des profiteurs. Pour eux, toutes comparaisons faites, les choses ne vont pas si mal que cela et autant en profiter en laissant les idéalistes et les révoltés s'exciter. Beaucoup de ces profiteurs pensent avoir le plein droit de faire ainsi car "ils ont donné" à la société et leur attitude est tout à fait justifiée. Ces personnes veulent de la protection et de la sécurité pour jouir tranquillement.

 

L'activiste

En haut, du coté gauche, nous trouvons les personnes qui veulent agir pour aller vers un futur meilleur (qui peut d'ailleurs, pour certains, être un retour au passé enchanté). Il n'est pas question pour eux de rester les bras croisés, d'être des individualistes participant au coulage de la société. Pour eux, il faut participer quotidiennement par ses activités à l'avancée de la société à travers leurs actions. Il faut, le plus souvent aussi, travailler et mener des luttes pour améliorer les choses autour de soi et la société par ailleurs. L'activiste, le militant, le délégué et le hacker sont des figures emblématiques de ce combat positif pour faire avancer les choses. S'il s'agit de la protestation, ces personnes vivent le plus souvent leur protestation dans des associations professionnelles ou autres, des groupements, des partis, des fraternités, des clubs... Le succès de leurs actions est lié, pour eux, aux efforts collectivement entrepris. Ces personnes veulent des réalisations pour faire avancer les choses et améliorer leur propre position dans la société.

 

Le balancier entre l'activiste et le profiteur

L'activiste et le profiteur appartiennent à la grande famille des optimistes, des gens croyant dans l'amélioration permanente de la société. Mais être toujours Activiste est fatiguant et peu gratifiant lorsque l'on voit les autres profiter goulument de la société d'abondance et de vos efforts pour améliorer les choses. Les activistes balancent donc entre l'action et le désengagement. Après leurs action, ils retournent à la jouissance passive des biens. Ils se ressourcent ainsi pour leurs prochaines luttes. Ils ont ainsi la bonne conscience de la participation sociale à l'amélioration du monde.

 

Conclusion

Notre société a fabriqué quatre grandes figures typiques d'acteurs sociaux : l'addict, le casseur, l'activiste et le profiteur. Ils représentent quatre aspirations fortes des individus de notre société : la liberté individuelle d'investissement, la violence destructrice, l'action réformatrice et la jouissance tranquille.

 

Vous pouvez donc, en fonction de cette typologie, vous amuser à placer les personnes que vous connaissez dans les cases du schéma. Attention, si vous trouvez à placer beaucoup plus de personnes dans tel ou tel secteur du graphique, il y a de forte chance que vous soyez vous-même à classer dans ce secteur. En effet, il est bien connu que : "Qui se ressemble, s'assemble".

 

 

 

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